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Un enseignant agressé, des élèves filmeurs complices : face à ce qu’il qualifie de “lynchage pur et dur” à Montpellier, Karim El Ouardi, président du SNALC, ne mâche pas ses mots sur Sud Radio. Entre autodéfense légitime et effondrement de l’autorité, il réclame des sanctions exemplaires et lance un appel urgent à la responsabilisation de tous.
Karim El Ouardi, président du SNALC Montpellier, est l’invité de Sud Radio le 13 avril 2026.

Sud Radio – Patrick Roger
Il est 7h14, c’est à la une : une enquête ouverte après une bagarre entre un professeur et des élèves d’un lycée. Ça s’est passé à Montpellier, avec cet enseignant qui s’est battu parce que des élèves faisaient trop de bruit dans un couloir. Il a voulu qu’ils aillent plus loin et puis il a sorti son téléphone pour les filmer. D’où cette bagarre. Nous sommes avec Karim El Ouardi, le président du syndicat des lycées et collèges pour l’académie de Montpellier. Bonjour.
SNALC – Karim El Ouardi
Bonjour monsieur Roger. Bonjour à toutes et à tous.
Sud Radio – Patrick Roger
J’ai résumé ce qui s’est passé. C’est ce que l’on sait pour l’instant de ce qui s’est passé, justement, parce qu’il y a une enquête qui est ouverte, notamment par le… Une enquête est ouverte pour, évidemment, essayer de savoir précisément.
SNALC – Karim El Ouardi
Alors, vous avez mal présenté les choses, mais c’est normal, vous êtes à distance. Vous parlez de bagarre. En tout premier lieu, je voudrais quand même, au nom du SNALC, saluer le courage, premièrement, de l’AESH, une AESH prénommée Amel qui est intervenue pour mettre fin au lynchage. Alors certains parlent d’altercation, moi je suis désolé, il s’agit d’un lynchage pur et dur. Et pour le SNALC, cet enseignant a eu un geste proportionné d’autodéfense face à un lynchage ; celui des élèves est totalement disproportionné. Et le SNALC, quand même, pointe du doigt la lâcheté, la couardise des élèves qui filment et qui rient, ce qui les rend complices. Et à ce titre, le SNALC réclame des sanctions exemplaires, à la fois pour les auteurs des actes de violence, qui sont illégitimes, et des sanctions exemplaires envers les élèves qui filment. Je rappelle que pour le SNALC, rien ne justifie qu’on lève la main sur un agent dépositaire de l’autorité publique. Je le dis et je le répète en boucle, parce qu’il faut que ça rentre dans la tête des citoyens français.

Sud Radio – Patrick Roger
Oui, mais sur ce qui s’est passé, qu’est-ce que l’on sait ? C’est ce que j’ai dit quand même, c’est-à-dire qu’il y avait des élèves dans un couloir qui faisaient en fait trop de bruit, et l’enseignant qui, lui, leur a demandé d’aller plus loin, et qui a dit « moi je vous filme sinon ». C’est ça, et puis les élèves qui lui sont tombés dessus, dites-nous.
SNALC – Karim El Ouardi
Il faut être précis dans les faits.
Sud Radio – Patrick Roger
Bien sûr, c’est pour ça que je vous pose la question.
SNALC – Karim El Ouardi
Voilà, je vous remercie de me laisser la parole. Je vous remercie de me poser cette question, parce qu’il y a des familles, des parents qui commentent, etc. Il faut repartir d’un premier point, qui est celui du courage de cet enseignant. N’importe qui serait passé, la tête baissée, et aurait laissé le bordel se généraliser. On réclame à des élèves de retirer leurs écouteurs, ils ne vous écoutent pas ; de rétablir du calme, ils ne vous écoutent pas. Qu’est-ce que vous faites ? Vous demandez l’identité de ces élèves, puisque vous ne pouvez plus rentrer dans un lycée sans présenter la carte région où se trouve votre identité. Les gamins la déclinent, ils refusent d’obtempérer. Donc cet enseignant a eu l’intelligence de dire : « Je vais prendre une photo pour la transmettre à la vie scolaire ». C’est là que les gamins pètent les plombs, qu’il y en a un qui commence à le tirer par le bras, à vouloir lui prendre le téléphone, l’autre qui lui met une pichenette sur les lunettes, donc les lunettes tombent à terre. Au moment où il se relève, il veut essayer de se défendre, et là s’ensuit un lynchage qui est scandaleux.

Sud Radio – Patrick Roger
Alors il y a eu l’annonce d’une enquête flash.
SNALC – Karim El Ouardi
Oui, pas que ça. Pas que ça.
Sud Radio – Patrick Roger
Mais notamment ça, et puis Édouard Geffray, le ministre, qui demande, lui, l’ouverture d’une enquête administrative. Qu’est-ce que vous lui répondez ? Qu’est-ce que vous répondez à ça ?
SNALC – Karim El Ouardi
Alors, moi, je tiens quand même à saluer la rapidité d’exécution des services académiques et ministériels, parce qu’ils ont diligenté une enquête flash, mais aussi, ils ont mandaté des équipes mobiles de sécurité pour ramener de la sécurité aux abords, puisque, vous le savez, il y a des lycéens qui appellent à un blocus, tous les lycéens de Montpellier qui appellent à un blocus. Moi, j’appelle les lycéens à rester chez eux à l’école, à étudier plutôt que d’aller foutre le bordel devant un établissement.
Moi, je tiens à saluer, pour une fois – ce n’est pas une habitude au SNALC – la sortie du ministre qui a réagi avec fermeté et qui a apporté son soutien à la communauté éducative. Alors c’est rare, je le dis, parce que pour une fois on a agi et on verra vendredi ce que dira l’enquête et ce que diront les inspecteurs.
Ce qui perturbe le SNALC, c’est que certains continuent de dire qu’on manque de moyens. Oui, certes, certes, certes. Je rappelle qu’on est dans un bon lycée de Montpellier. Alors oui, on pourra pendant 300 ans dire qu’il manque des moyens, mettre un AED pour chaque élève. Moi, je dis que le SNALC rappelle que nous pouvons agir dès à présent en rappelant certaines règles. Les parents éduquent, les enseignants instruisent. Et pour ceux qui n’ont pas de parents, il faut mettre en place des dispositifs de suivi avec des personnels médico-sociaux et des psychologues scolaires. Je le dis pour le SNALC, rien ne justifie la violence. Il faut mettre fin à la banalisation de cette violence. On peut faire des choses très rapidement, revoir les règlements intérieurs des établissements, lancer, grâce à vous et à tous les médias qui sont là depuis vendredi, un débat transpolitique, transpartisan, sur l’usage des smartphones et la connexion aux réseaux.
Il faut redonner au personnel de direction du temps pour les missions humaines, recevoir les gamins, recevoir les enseignants. Pour le SNALC, je le rappelle, l’école doit redevenir la priorité de la nation. Et cela passe en premier lieu par la sécurisation de ses agents : enseignants, AESH, AED, personnel de direction, psychologue scolaire, infirmiers, personnel de direction.
Le SNALC respectera les positions de chacun, mais il ne tolérera jamais que l’on trouve ou que l’on cherche des excuses. La violence n’a pas sa place et l’autorité, ça passe par le respect de chacun. Monsieur Roger, vous qui êtes certainement de ma génération, est-ce que vous pouvez imaginer que moi ou vous, on ait levé la main sur une enseignante dans les années 80 ou dans les années 90 ? Est-ce que vous pouvez l’imaginer ?

Sud Radio – Patrick Roger
Ben non.
SNALC – Karim El Ouardi
Pourquoi, monsieur ? Parce que vous et moi, peut-être qu’on a été éduqués. Peut-être. Peut-être. Je me trompe. Peut-être qu’on se disait que le maître, c’est le symbole de l’autorité. Peut-être. Et pourquoi est-ce qu’aujourd’hui, on se permet de frapper des profs, de légitimer et, troisièmement, de filmer ? C’est un scandale, monsieur Roger. J’espère que dans les médias, à force de le redire et de le redire, on posera un débat public. Et j’en appelle à notre président de la République, il faut qu’il arrête son blabla sur les rythmes scolaires, sur la réduction des vacances, qu’il ramène de la sécurisation aux agents dépositaires de l’autorité publique. C’est une priorité. Et ensuite, il faut lancer un débat sur la santé mentale des élèves et des enfants depuis la sortie du Covid. Les gamins pètent les plombs dans des endroits où ils n’ont pas à les péter. Nous sommes dans le Sud. Il fait beau, il ne manque de rien. Donc on ne peut pas justifier l’injustifiable.
Sud Radio – Patrick Roger
Merci en tout cas pour cette prise de parole très claire, très cash, c’est du parlé vrai, c’est sur Sud Radio. Et on va suivre ça, Karim El Ouardi, évidemment, qu’on va suivre ce qui se passe du côté des résultats de l’enquête. Et on comprend complètement votre colère après ce qui s’est passé. Merci d’être intervenu ce matin sur Sud Radio.

